Commandezen ligne : Beurre doux fabriqué en Normandie : Livraison chez vous ou au drive - Le Haillan. LE PARTENAIRE DE PROXIMITE DES PROS DE LA RESTAURATION. Nous contacter ? Magasin 05 56 01 60 30. Horaires. Mon magasin. Me connecter. Mes listes. Mon chariot. Produits
Vichy LE MARCHE DE PROXIMITE DES PROS DE LA RESTAURATION Produits Promotions Catalogues Accueil CrÚmerie Beurres et spécialités laitiÚres Beurre 82% mg Visuel non informations communiquées le sont à titre commercial et seule la liste figurant sur l'étiquette du produit fait foi. Veillez à prendre connaissance des informations figurant sur l'emballage du produit à la livraison et/ou avant toute consommation, notamment si vous présentez des risques d'allergies. La plaquette de 500 g NO NAME Ifls 563719 Informations générales Description Ingrédients Mes contacts Informations générales Description A conserver à +6°C maxi. Ingrédients Beurre. MatiÚre grasse 82%. Mes contacts
Lecamembert « FabriquĂ© en Normandie » fait de la rĂ©sistance 10.05.22. PRIX DU LAIT SPOT (LAIT ENTIER 38/32) : SEMAINES 18-19 Retour du prix Ă la « normale », aprĂšs le coup de mou de la semaine 18 09.05.22. union Ă©levage Union de moyens entre Elvup, Conseil Touraine Ălevage et la chambre dâagriculture dâEure-et-Loir 05.05.22. marchĂ©s Eurial voit la vie en blanc
1La place accordĂ©e aujourdâhui Ă la reconnaissance des terroirs, aux saveurs issues des origines est au cĆur des choix de consommation des produits agroalimentaires et du devenir de lâagriculture française on est de plus en plus soucieux de prĂ©server la diversitĂ© des fromages, des vins, des fruits, des charcuteries. Ce phĂ©nomĂšne concerne peu le beurre Ă lâheure actuelle. Pourtant, dĂšs le dĂ©veloppement de lâĂ©levage laitier et du commerce alimentaire, au milieu du XIXe siĂšcle, le beurre se distingue comme un produit de luxe dont la diversitĂ© des saveurs et lâorigine sont valorisĂ©es, tant au niveau rĂ©gional que national et mĂȘme international. 2On verra donc dans un premier temps comment se constitue la hiĂ©rarchie rĂ©gionale des beurres au tournant du XIXe siĂšcle et, en particulier, lâidĂ©e de lâimportance des liens entre saveur et origine. Puis on analysera les modifications apportĂ©es dans la gĂ©ographie rĂ©gionale du beurre par les progrĂšs techniques et en particulier la naissance de la microbiologie et de lâindustrie laitiĂšres, ainsi que les contestations » ou dĂ©bats » que soulĂšve lâadoption de certains progrĂšs techniques en termes de qualitĂ© liĂ©e Ă lâorigine. Enfin, dans un troisiĂšme temps, on envisagera la mise en valeur de la diversitĂ© des crus rĂ©gionaux français dans lâentre-deux-guerres et cela dans le contexte lĂ©gislatif de cette pĂ©riode ainsi que les contextes juridique et sociĂ©tal. On verra comment la valorisation de la diversitĂ© des crus de beurre participe Ă la constitution de clichĂ©s sur la supĂ©rioritĂ© de la France. Lâaffirmation dâune hiĂ©rarchie rĂ©gionale des saveurs du beurre 3Avant lâusage gĂ©nĂ©ralisĂ© du froid au milieu du XIXe siĂšcle, le beurre Ă©tait un produit pĂ©rissable. Difficile Ă transporter, le beurre une fois fabriquĂ© rancit trĂšs vite. On le sale plus ou moins, ou on le fait fondre et on le conserve dans des pots en grĂ©s... Les beurres les plus renommĂ©s sont ceux qui arrivent frais ou le moins salĂ© possible sur les marchĂ©s de consommation et dont lâarĂŽme peut ainsi mieux sâexprimer. Ainsi se dessine une hiĂ©rarchie des crus de beurre selon la fraĂźcheur du produit. Une hiĂ©rarchie de la qualitĂ© qui repose sur la provenance des beurres 4Cette hiĂ©rarchie dĂ©pend Ă©galement des aires de production, et en particulier du degrĂ© de spĂ©cialisation des exploitations agricoles. La qualitĂ© du beurre est liĂ©e Ă la quantitĂ© fabriquĂ©e par lâexploitation plus on en produit, plus la crĂšme est barattĂ©e souvent, moins vite rancit le beurre. DĂšs cette Ă©poque, on dĂ©bat dans les ouvrages de laiterie et dâĂ©conomie domestique de la qualitĂ© des beurres. La couleur intervient en premier, elle doit ĂȘtre jaune riche, câest gĂ©nĂ©ralement celle du beurre fourni pendant le printemps par les vaches en bonne santĂ©, nourries dans de bons pĂąturages et qui a Ă©tĂ© fabriquĂ© avec soin carotte, souci... » collectif, 1844, puis vient lâodeur qui doit ĂȘtre douce, agrĂ©able, lĂ©gĂšrement aromatique ». Enfin, la saveur est importante Celle du beurre frais est douce et agrĂ©able, onctueuse, dĂ©licate et fraĂźche » idem. Câest le paramĂštre le plus variable puisquâil change avec les saisons, lâanimal et beaucoup dâautres causes » idem. La consistance en dernier lieu est souvent un indice de bonne fabrication » ibid.. 5On rappelle, dans ces ouvrages, lâimportance de lâorigine Si la propretĂ©, les soins assidus exercent une grande influence sur la qualitĂ© du beurre, il est notoire que la nature du sol, son exposition et le choix des aliments contribuent Ă©galement Ă la supĂ©rioritĂ© ou Ă la mĂ©diocritĂ© de cette denrĂ©e » MoriĂšre, 1877, p. 17. 6La pĂąte, quant Ă elle, prĂ©sente une synthĂšse du sol, des pĂąturages, de lâalimentation et, jusquâĂ un certain point du milieu. Elle est, en un mot, le trait dâunion entre le sol et son produit » Dornic, 1909, p. 600-604. 7La hiĂ©rarchie de la qualitĂ© dĂ©pend donc essentiellement du rapport au pays et Ă la provenance » et rĂ©pond aux exigences des consommateurs. Elle aboutit Ă une reconnaissance par le prix dans les villes-marchĂ© et en particulier sur les Halles de Paris. Les beurres sont cotĂ©s en fonction de leur provenance et on leur donne le plus souvent le nom de la ville oĂč se tient le marchĂ© de gros beurre de Gournay, beurre dâIsigny.... Aussi comme lâexplique Louis Figuier dans Les Merveilles de lâindustrie Le beurre dâIsigny, auquel il faut joindre celui de la Bretagne, dit de la PrĂ©valais, et celui de Gournay, sont les plus renommĂ©s de France,... » Figuier, 1876, p. 162-163, ce que corroborent tous les auteurs dâouvrages de laiterie ou la statistique du prĂ©fet Husson Husson, 1873. La suprĂ©matie des beurres normands face aux autres bassins beurriers » 8Jusquâen 1870, nul ne songe Ă contester la prééminence normande. Elle est essentiellement le fait du pays de Bray et du Bessin avec les beurres de Gournay et dâIsigny. Bien fabriquĂ©s, dâune grande rĂ©gularitĂ©, mais chers, ils satisfont les amateurs les plus exigeants, une clientĂšle urbaine aisĂ©e, et fournissent les marchĂ©s parisien et londonien. Il nâest pas rare que des recettes exigent le beurre dâIsigny comme condition sine qua non dâune pleine rĂ©ussite. Quant aux Britanniques, ils semblent lâavoir particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© Ă lâheure du thĂ©. 9Les deux grands bassins beurriers » normands, Bray et Bessin, font figure de modĂšle pour les soins accordĂ©s Ă la fabrication du beurre. Les grandes exploitations normandes ont rompu trĂšs tĂŽt avec lâautarcie traditionnelle. DĂšs le dĂ©but du XIXe siĂšcle le prĂ©fet Cambry en parcourant le pays de Bray note Les beurreries de ces grandes fermes sont de vĂ©ritables usines agricoles. Elles comprennent le plus souvent de 20 Ă 60 hectares de prairies. Les quantitĂ©s de lait traitĂ©es sont suffisamment importantes pour justifier lâentretien de vastes laiteries oĂč, outre la patronne, travaillent de nombreuses servantes ». 10Dâautres auteurs expliquent que dĂšs le milieu du XIXe siĂšcle les laiteries des grandes fermes sont spĂ©cialement amĂ©nagĂ©es pour conserver chaleur en hiver et fraĂźcheur en Ă©tĂ©. Jules MoriĂšre, un agromane normand, qui consacre de nombreuses pages au beurre dans la revue de la SociĂ©tĂ© dâagriculture de Normandie, sâattarde Ă dĂ©crire les soins donnĂ©s aux vaches, lâattention portĂ©e aux matĂ©riels, lâentretien mĂ©ticuleux des locaux... 11Autre grand foyer de production, la Bretagne prĂ©sente pourtant un visage diffĂ©rent. Presque toutes les fermes produisent du beurre mais les quantitĂ©s par exploitation sont faibles. Dans cette rĂ©gion de production, les fermes ne possĂšdent quâexceptionnellement un local destinĂ© Ă la laiterie. Laits, crĂšmes et beurres sont conservĂ©s dans des espĂšces de huches rectangulaires placĂ©es au milieu de la cuisine ». Les beurres sont presque toujours salĂ©s, ce qui en assure la conservation pendant la durĂ©e du transport. Les beurres salĂ©s sont apprĂ©ciĂ©s pour leur saveur propre, ceux des environs de Saint-Brieuc et de Rennes comptent parmi les plus estimĂ©s. Les principaux dĂ©bouchĂ©s sont Paris et les marchĂ©s anglais. 12Il est dâautres rĂ©gions oĂč la fabrication du beurre revĂȘt une importance Ă©conomique certaine. Câest le cas du Nord industriel dont la population est particuliĂšrement attachĂ©e Ă la consommation de beurre. La Bresse est aussi renommĂ©e pour ses beurres largement apprĂ©ciĂ©s sur le marchĂ© lyonnais. 13Dâautres beurres sont qualifiĂ©s de petits beurres et retiennent peu lâattention des amateurs, ce sont, comme lâĂ©crit le prĂ©fet Husson Ă©voquant les mets arrivant dans la capitale en 1870, des beurres prĂ©parĂ©s en morceaux ou en mottes, de formes diverses, que lâon rĂ©unit dans de grands paniers, sans les envelopper de linges. Ils se fabriquent dans les dĂ©partements de lâAube, de lâEure-et-Loir, dâIndre-et-Loire, de Maine-et-Loire, de la Sarthe, de la Marne, de la Seine-et-Marne, etc. » Ibid.. Une qualitĂ© et une origine qui sâaffirment par le biais des concours 14Les beurres de crus se vendant chers, leur aire de production sâĂ©tend rapidement. Ainsi la fabrication du beurre de Gournay atteint les villages des plateaux qui bordent le pays de Bray, des agriculteurs du Vexin sây essaient Ă©galement Delfosse, 1991, p. 4-17. Une telle extension nâest pas sans rĂ©percussion sur la qualitĂ© et sur les prix. TrĂšs vite les agromanes et les sociĂ©tĂ©s dâagriculture sâĂ©meuvent de cette situation et exigent que les beurres des marges soient distinguĂ©s des beurres du cĆur de lâaire de production, ne serait-ce que par le terme de façon-Gournay ». 1 Sur l'importance et le rĂŽle des concours voir Jean-Luc Mayaud, 1991. 2 Industrie laitiĂšre, 1906 courrier de M. de Saint-Quentin Ă l'attention de M. Marsais sur le nom d ... 15Les concours sont les lieux oĂč apparaĂźt lâexcellence des beurres et oĂč sâexerce le contrĂŽle collectif des Ă©lites agricoles1. LĂ , joue lâĂ©mulation entre producteurs, lĂ se diffusent les progrĂšs et amĂ©liorations Ă apporter Ă la production, lĂ se construit une qualitĂ© collective ». On y fait reconnaĂźtre la supĂ©rioritĂ© de lâorigine. Câest Ă lâoccasion de la dĂ©finition des droits Ă concourir dans la catĂ©gorie des beurres de grands crus que se formule une des premiĂšres exigences sur la protection et la dĂ©finition de lâorigine des beurres. Aussi, un agromane producteur de beurre dâIsigny demande-t-il Ă la commission qui gĂšre le concours gĂ©nĂ©ral agricole de ne pas Ă©tendre aux rĂ©gions du voisinage le droit de donner Ă leur produit un nom, qui jusquâalors appartenait en propre Ă une rĂ©gion nettement dĂ©terminĂ©e » car ce serait porter prĂ©judice aux producteurs qui exploitent, et cela souvent depuis de longues annĂ©es, une marque dâorigine Ă lâĂ©gal dâune marque de fabrique » ; cela aboutirait Ă©galement, selon lui, Ă diminuer la valeur des produits de cette rĂ©gion »2. 3 DĂšs 1860, les archives dĂ©partementales du Calvados tĂ©moignent de lâimportance et de la rĂ©gularitĂ© d ... 16Le concours gĂ©nĂ©ral de Paris revĂȘt une importance particuliĂšre. Les diffĂ©rents crus rĂ©gionaux sây mesurent, sây donnent Ă voir et y affirment leurs ambitions sur le marchĂ© international. Hors du dĂ©bat français quâen est-il, en effet, de la reconnaissance du goĂ»t et des saveurs de beurre ? Vers 1860 la France est une puissance » exportatrice de beurre ; de beurres fondus vers le BrĂ©sil par exemple3, mais aussi de crus renommĂ©s sur le marchĂ© de connaisseurs que sont les Anglais. 4 L'industrie laitiĂšre de 1907. Câest lâAnglais qui, avec son thĂ©, son âtoastâ et ses muffinsâ, est le Client le plus important des marchands de beurre du monde »4. Le dĂ©veloppement de lâindustrie laitiĂšre une remise en cause des critĂšres de qualitĂ© et de la carte rĂ©gionale des crus 17Ă partir du dernier tiers du XIXe siĂšcle, les progrĂšs scientifiques et techniques dans le domaine de la laiterie, ainsi que ceux du transport et du commerce bouleversent la hiĂ©rarchie des beurres rĂ©gionaux. Le dĂ©veloppement de lâindustrie du beurre et lâĂ©volution de la gĂ©ographie rĂ©gionale du beurre 18LâĂ©crĂ©meuse centrifuge est lâinnovation qui, dans le cas du beurre, a rendu possible Ă partir du dernier tiers du XIXe siĂšcle tous les progrĂšs ultĂ©rieurs Figure 1. Elle facilite le travail, augmente les rendements et rĂ©volutionne la laiterie en garantissant au beurre une fraĂźcheur jusque-lĂ compromise par une trop longue exposition de la crĂšme Ă lâair. La durĂ©e de lâĂ©crĂ©mage est, en effet, ramenĂ©e dâune journĂ©e Ă une heure. Dans le mĂȘme temps les barattes sâamĂ©liorent et traitent des quantitĂ©s croissantes de crĂšme. Les techniques dâĂ©crĂ©mage centrifuge sont rĂ©guliĂšrement amĂ©liorĂ©es on a recours Ă la vapeur comme force mĂ©canique pour faire tourner les centrifugeuses et travailler de plus grandes quantitĂ©s. Lâusage de ces machines a des incidences sur les structures de production il est dĂ©sormais possible de traiter de plus grandes quantitĂ©s de lait et câest alors que naissent les premiĂšres beurreries industrielles » qui collectent le lait de plusieurs exploitations. Cet Ă©quipement suppose une maĂźtrise technique diffĂ©rente du savoir-faire fermier traditionnel transmis au sein de la famille. On distingue dĂ©sormais les beurres fermiers des beurres dits laitiers qui sont produits dans des Ă©tablissements industriels beurreries et fromageries. Ceux-ci naissent un peu partout en France. 19La rĂ©partition des rĂ©gions beurriĂšres se modifie rapidement. La part de la Normandie dĂ©cline sensiblement. Le phĂ©nomĂšne est particuliĂšrement important dans le pays de Bray dont la production ne cesse de dĂ©cliner. Dans cette partie de la Normandie proche de Paris, la fourniture de lait frais pour lâagglomĂ©ration parisienne dont la population ne cesse dâaugmenter, sâavĂšre souvent plus intĂ©ressante que la fabrication du beurre. Dans ce mĂȘme pays de Bray, de puissantes industries fromagĂšres Pommel, Gervais se sont dĂ©veloppĂ©es ; des industries qui collectent de plus en plus de lait dans certaines parties du pays de Bray. 20Par ailleurs, la question de la conservation et du transport une fois rĂ©solue, la proximitĂ© cesse dâĂȘtre un facteur dĂ©terminant de qualitĂ© des beurres. Ainsi les beurres normands se heurtent Ă lâaffirmation dâune nouvelle origine lâorigine Charentes ». En effet, Ă la faveur de la crise du phylloxĂ©ra, qui ruine son Ă©conomie agricole, la rĂ©gion des Charentes adopte une nouvelle orientation agricole fondĂ©e sur lâĂ©levage et la transformation du lait en beurre dans les laiteries coopĂ©ratives. La premiĂšre coopĂ©rative est fondĂ©e Ă ChaillĂ© en 1888. Le nombre de coopĂ©ratives ne cesse de croĂźtre 19 en 1890, 50 en 1893, 95 en 1900 et la production de beurre dâaugmenter 690 000 kg en 1890 Ă presque 16 millions en 1913. En une dizaine dâannĂ©es, le pays des Charentes a trouvĂ© dans la production du lait et du beurre un profit autrement abondant et rĂ©gulier que celui fourni autrefois par la vigne Pornic, 1906 ; Reverseau, 1925, p. 218. En 1893, les coopĂ©ratives des Charentes ont fondĂ© une association qui organise la vente sur le marchĂ© parisien et qui prend en charge des Ă©quipements collectifs dont le wagon frigorifique. La rĂ©ussite charentaise suscite des Ă©mules dans les rĂ©gions voisines. Aussi la production industrielle » de beurre gagne-telle le Poitou et la Touraine Figure 2. 21Par ailleurs, le dĂ©veloppement de lâindustrie laitiĂšre concerne Ă©galement la production fromagĂšre. Aussi, celle-ci se dĂ©veloppe-t-elle dans lâEst dĂ©partements de la Marne, Meuse... autour de fromages comme le brie, ainsi que dans lâEst central autour de la production de gruyĂšre. Les fromageries fabriquent du beurre avec la part du lait destinĂ© au fromage qui est Ă©crĂ©mĂ© saisonniĂšrement, lorsque la production de fromage Ă pĂąte molle est trop risquĂ©e. 22Toutefois, la petite production individuelle demeure vivante, souvent confortĂ©e par la diffusion dâĂ©crĂ©meuses manuelles. Quelques rĂ©gions sont opposĂ©es Ă la fabrication industrielle du beurre, comme la Bretagne. En 1937, la production fermiĂšre reprĂ©sente encore 50 % de la production française de beurre. ProgrĂšs techniques et dĂ©bats sur la qualitĂ© du beurre 23Les progrĂšs techniques ne se diffusent pas sans rĂ©sistance et cela au nom du goĂ»t du produit. Les premiers portent sur lâusage de lâĂ©crĂ©meuse centrifuge, qui, en supprimant la phase de maturation de la crĂšme, donne des beurres sans bouquet. On pensa trĂšs vite quâil fallait laisser les crĂšmes mĂ»rir, câest-Ă -dire sâacidifier sous lâinfluence de ferments lactiques. Cependant lâacidification Ă elle seule nâest pas suffisante pour obtenir le goĂ»t de noisette. Aussi, les Ă©tudes de microbiologie laitiĂšre, une science qui sâaffirme en ce dernier tiers du XIXe siĂšcle, cherchent-elles Ă y remĂ©dier. En 1890, un Danois, Storch a eu lâidĂ©e dâensemencer la crĂšme avec des ferments quâil avait isolĂ©s et cultivĂ©s. Ces ferments sont trĂšs vite utilisĂ©s par les industriels danois et allemands, mais ne correspondent pas aux amateurs de goĂ»t français. 24Dans ce contexte il est Ă©tonnant toutefois de constater avec quelle rapiditĂ© les beurres laitiers » des Charentes conquiĂšrent le marchĂ©. Moins chers et produits en plus grand nombre, ils permettent, dans un premier temps, de mettre Ă la portĂ©e du plus grand nombre de consommateurs une denrĂ©e dĂ©licieuse quâils nâavaient pu se procurer jusquâici en payant beaucoup trop cher » Perlat, 1904, p. 26. Puis les beurres des Charentes Ă©galent, voire distancent les beurres fermiers de cru. Les cotations en donnent la preuve, ainsi que les rĂ©sultats dans les concours nationaux et internationaux. Aussi, Ă lâexposition universelle de Milan de 1904 ; sur 9 grands prix dâhonneur les coopĂ©ratives des Charentes et du Poitou en remportent 8, sur 31 mĂ©dailles dâor, elles en remportent 20, largement plus que le Calvados qui ne remporte quâun grand prix dâhonneur et 4 mĂ©dailles dâor, la Seine-InfĂ©rieure avec ses beurres de Gournay, nâen ayant que trois. 25Ă proprement parler, ce nâest pas tant le goĂ»t qui en fait une nouvelle origine apprĂ©ciĂ©e, mais les qualitĂ©s de leur pĂąte et leur conditionnement Les beurres charentais ont une pĂąte plus sĂšche, plus consistante ; de plus, ils voyagent dans des wagons frigorifiques installĂ©s et entretenus de glace aux frais des coopĂ©ratives, ils arrivent ainsi sur le marchĂ© dans des conditions bien plus favorables que les nĂŽtres [câest un Normand qui parle], ils se tiennent mieux et ne subissent jamais dâaltĂ©ration au cours de route » Anonyme, 1906. 26La rĂ©sistance aux progrĂšs technologiques se fait Ă©galement au nom des usages locaux, loyaux et constants qui ont fait la renommĂ©e des grands crus de beurres fermiers. Ainsi le prĂ©sident de la Chambre syndicale des marchands de beurre, Ćufs et crĂ©miers de Paris dĂ©plore dans un article consacrĂ© aux beurres surfins de Normandie que les fermiers possesseurs de grandes marques de crus, ceux-lĂ mĂȘmes qui ont rĂ©pandu de façon mondiale le renom des beurres du Bessin » ne soient plus citĂ©s en exemple et incitĂ©s Ă conserver leurs procĂ©dĂ©s traditionnels de fabrication. Et lâauteur de souhaiter le dĂ©veloppement dâun enseignement de laiterie qui apprendrait certes les mĂ©thodes nouvelles, mais aussi les vieux procĂ©dĂ©s. Aussi compare-t-il les beurres dâIsigny de cru aux grands vins qui font la gloire de nos vignobles », pour lesquels les vieux procĂ©dĂ©s de vinification ont Ă©tĂ© conservĂ©s en tenant compte des progrĂšs scientifiques », câest donc un plaidoyer pour que lâon conserve, Ă des pays comme la rĂ©gion de Bayeux et dâIsigny, les procĂ©dĂ©s locaux grĂące auxquels les produits de ces pays ont acquis une notoriĂ©tĂ© si mĂ©ritĂ©e » BouchĂ©, 1908, p. 133. 27Le dĂ©bat sur les liens entre progrĂšs technologiques et qualitĂ© des beurres reprend, dans lâentre-deux-guerres, notamment Ă partir du moment oĂč les beurres issus de crĂšme pasteurisĂ©e commencent Ă se diffuser. En effet, le lait Ă©tant porteur du virus de la tuberculose, lâamĂ©lioration de la qualitĂ© hygiĂ©nique des produits laitiers participe Ă la lutte contre cette maladie. La pasteurisation du lait et des produits laitiers apparaĂźt donc nĂ©cessaire. Afin de rĂ©duire les risques en matiĂšre dâhygiĂšne et dâamĂ©liorer la durĂ©e de conservation des beurres, les spĂ©cialistes prĂ©conisent non seulement le dĂ©veloppement de la production du beurre en laiteries, mais surtout la gĂ©nĂ©ralisation de la pasteurisation des crĂšmes. Toutefois, celle-ci nâa pas que des partisans et elle remet Ă lâordre du jour la question de lâorigine de lâarĂŽme qui sâĂ©tait dĂ©jĂ posĂ©e Ă la fin du XIXe siĂšcle, lorsque lâĂ©crĂ©mage centrifuge sâĂ©tait substituĂ© Ă lâĂ©crĂ©mage spontanĂ©. En effet, la pasteurisation ayant pour effet de dĂ©truire pratiquement toute la microflore des crĂšmes, il est nĂ©cessaire, afin dâobtenir un dĂ©veloppement suffisant de lâarĂŽme, de les rĂ©-ensemencer avec des ferments sĂ©lectionnĂ©s sur des beurres ayant obtenu des rĂ©compenses aux concours. 28Il reste que les producteurs dont la marque est rĂ©putĂ©e, des commerçants en gros et des restaurateurs rĂ©sistent Ă la diffusion de la pasteurisation. Les spĂ©cialistes de laiterie eux-mĂȘmes reconnaissent que les beurres pasteurisĂ©s nâont pas la mĂȘme finesse que les beurres crus tout en dĂ©nonçant la rapiditĂ© avec laquelle le goĂ»t de rance se dĂ©veloppe chez les beurres de fermentation spontanĂ©e Daire, 1913, p. 431. 5 "La production beurriĂšre de la France", dans l'Office national de propagande du lait, beurre et fro ... 6 Annales de la crĂ©merie, 1937. 29Le dĂ©bat sur la pasteurisation rĂ©actualise lâancienne hiĂ©rarchie des petits » et des grands » beurres de cru, dont le beurre charentais fait dĂ©sormais partie. Ainsi, Paul Mercier, prĂ©sident de lâAssociation centrale des laiteries coopĂ©ratives des Charentes et du Poitou voit dans la pasteurisation lâoccasion dâamĂ©liorer la qualitĂ© des petits beurres », issus de rĂ©gions oĂč la nature nâa pas donnĂ© au lait un arĂŽme particuliĂšrement dĂ©licat », mais il reste trĂšs rĂ©servĂ© quant Ă son utilisation pour les beurres de cru5. De mĂȘme, on peut lire dans un article de la revue syndicale des crĂ©miers Ă propos de la standardisation rĂ©clamĂ©e par certains » et qui est celle de la pasteurisation, que pour Dieu, laissez au beurre charentais sa contexture, au beurre normand sa finesse et son parfum, au beurre breton sa saveur particuliĂšre, et ne nous faites pas un beurre uniforme dans tout le pays ; ce serait aller vers une dĂ©ception gĂ©nĂ©rale »6. DĂ©fendre la diversitĂ© des crus de beurre dans lâentre-deux-guerres 30Dans lâentre-deux-guerres les progrĂšs scientifiques et techniques se poursuivent et se diffusent. Alors que la production demeure majoritairement fermiĂšre, lâindustrie sâaffirme. Le secteur laitier, comme la plupart des filiĂšres agroalimentaires, sâorganise, notamment Ă la suite de la crise de 1929. Et il semble quâentre amĂ©liorer une production standard et valoriser la diversitĂ© et lâorigine, les spĂ©cialistes de laiterie et les politiques » hĂ©sitent. Il reste quâavec la crise de 1929 qui touche de plein fouet le commerce du beurre, tant sur le marchĂ© intĂ©rieur, quâextĂ©rieur, il convient de valoriser le beurre. En effet, si la France jouissait dâune bonne position sur le marchĂ© international des beurres autour des annĂ©es 1870 Ă 1880, tel nâest plus le cas. La valorisation passe par celle de la diversitĂ© et de la dĂ©fense des crus. Elle sâinscrit Ă©galement dans le contexte juridique qui est celui de la promulgation de la loi dite dâorganisation et dâassainissement du marchĂ© du lait et des produits laitiers » de 1935. Cette loi institue un ComitĂ© central du lait, ancĂȘtre des interprofessions actuelles. Elle cherche Ă©galement Ă dĂ©velopper la consommation intĂ©rieure en renforçant le rĂŽle du ComitĂ© de propagande des produits laitiers créé en 1932 par les organisations laitiĂšres. DĂ©fendre son origine 31Sur le plan juridique câest la loi de 1905 sur la rĂ©pression des fraudes dans la vente des marchandises et des falsifications des denrĂ©es alimentaires et des produits agricoles » et les lois et dĂ©crets la prĂ©cisant qui avaient ouvert le dĂ©bat sur la dĂ©finition et la protection des grands crus beurriers. Il sâagissait de garantir au consommateur que sous le mĂȘme nom il trouverait toujours le mĂȘme produit, ce qui supposait que soit dĂ©finie la nature habituelle des denrĂ©es que lâacheteur a en vue » Roux, 1913, p. 37-49. Elle protĂ©geait non seulement le consommateur, mais aussi les producteurs contre les concurrences dĂ©loyales. La loi Ă©tait complĂ©tĂ©e par des dĂ©crets dĂ©finissant les grands types de produits alimentaires comme le beurre, lâhuile, le vin, le fromage, etc., et dans un deuxiĂšme temps lâhuile dâolive, lâhuile de colza... Mais câest essentiellement par la loi de 1935 que lâon rĂ©glemente la question de la provenance et de lâorigine des beurres et cette fois trĂšs clairement au nom de la fraude plus quâau nom des liens entre saveur et origine. Art. 10 Le beurre vendu comme provenant dâun pays ou dâune rĂ©gion doit provenir exclusivement du dit pays ou de ladite rĂ©gion ». 32Par ailleurs, face aux mĂ©langes de beurres de provenances diverses que pratiquent certaines maisons, tout en leur gardant un nom dâorigine prestigieuse, lâarticle 11 de cette loi prĂ©cise que le mĂ©lange des beurres de provenances diverses ne pourra pas ĂȘtre vendu avec mention dâorigine ». 33Dans un contexte corporatiste, les producteurs de beurres de cru sâorganisent en dĂ©posant une marque syndicale qui leur permet de dĂ©finir et de dĂ©limiter lâaire de production du produit. Aussi, les coopĂ©ratives des Charentes, toujours fĂ©dĂ©rĂ©es au sein de leur association crĂ©ent-elles en 1930 une Union des laiteries de lâAssociation centrale. Cette union, au statut de syndicat, a pour objet la crĂ©ation et la dĂ©fense des marques destinĂ©es Ă donner aux beurres des laiteries syndiquĂ©es, tant en France quâĂ lâĂ©tranger, une garantie dâorigine en mĂȘme temps quâĂ en certifier les conditions de fabrication. Le syndicat avait fait commissionner un agent syndical plus spĂ©cialement chargĂ© de rĂ©primer les fraudes sur les beurres et notamment les fausses origines. 34De mĂȘme en Bresse oĂč les coopĂ©ratives beurriĂšres se multiplient, Ă lâinstar du modĂšle charentais, leurs organisateurs prĂŽnent la crĂ©ation dâune marque collective garantissant non seulement une qualitĂ© mais la provenance beurre de Bresse. 35Ă Isigny, on tente aussi de se fĂ©dĂ©rer, mais les structures de production sont plus hĂ©tĂ©rogĂšnes producteurs fermiers, maisons de nĂ©goce, laiteries privĂ©es, laiteries coopĂ©ratives... Les conflits revĂȘtent surtout un caractĂšre corporatiste, aussi est-ce au sein dâun syndicat groupĂ© autour de ce qui deviendra la laiterie coopĂ©rative dâIsigny-Sainte-MĂšre quâune marque collective dĂ©fendant la provenance Isigny est dĂ©posĂ©e. 36Plus on avance, plus la question des goĂ»ts de beurres et des origines des beurres dĂ©passe un cadre strictement agricole. Cette question mĂȘle dĂ©sormais dĂ©bats scientifiques et arsenal juridique. Elle a Ă©galement des rĂ©sonances rĂ©gionalistes. Reconnaissance et valorisation gastronomique des diversitĂ©s rĂ©gionales des saveurs et des goĂ»ts 37Ainsi, lors de la Grande semaine du beurre organisĂ©e en 1935 par le ComitĂ© national du lait, on compte, parmi les animations, une fĂȘte enfantine organisĂ©e Ă Montmartre. Un char de beurre a dĂ©filĂ© dans les rues du Vieux Montmartre, ce char Ă©tant prĂ©cĂ©dĂ© des reprĂ©sentants des provinces françaises en costume. Ainsi, le beurre est associĂ© Ă la richesse et Ă la diversitĂ© des provinces françaises. Ce dĂ©filĂ© de reprĂ©sentants des provinces françaises en costume doit ĂȘtre mis en rapport avec le contexte folkloriste et rĂ©gionaliste des annĂ©es trente. Il ne faut pas oublier, en effet, que la France qui accueille lâexposition universelle en 1937 Ă Paris a choisi de se prĂ©senter sous lâangle de la diversitĂ© de ses provinces. Cette exposition est Ă©galement couplĂ©e avec un congrĂšs international de folklore et des manifestations gastronomiques Ă caractĂšre rĂ©gionaliste. 38Avec lâintĂ©rĂȘt portĂ© aux diffĂ©rences rĂ©gionales, des publications Ă©tudient les pratiques rĂ©gionales de consommation. Les folkloristes, associĂ©s aux historiens et aux gĂ©ographes, lancent de grandes enquĂȘtes sur les traditions et en particulier une enquĂȘte sur les graisses de cuisine. Albert Demangeon dans sa gĂ©ographie de la France souligna lâabsence de consommation de beurre dans la France du Sud-Ouest, alors quâil insiste sur lâimportance de la consommation de beurre dans la France du Nord Tout fermier flamand fabrique son beurre chez lui ; il le vend sur les marchĂ©s locaux, oĂč les preneurs sont foule. Chaque jour et Ă chaque repas, le beurre figure dans le rĂ©gime des paysans et des ouvriers. Dans le bissac du travailleur des champs et du mineur, la mĂ©nagĂšre prend soin de placer lâĂ©paisse tartine de pain sur laquelle, au moment du repas, il Ă©tale son beurre » Demangeon, 1946, p. 242. 39De mĂȘme Pierre Souchon, un professionnel du lait, explique, au dĂ©but des annĂ©es quarante, les archaĂŻsmes » de la production de beurre dans le Nord, et en particulier le maintien et le poids des fabrications fermiĂšres et de vente directe, par les habitudes de consommation. Il montre lâattachement de la population du Nord au beurre et poursuit Dans ce tableau apparaĂźt lâaspect rĂ©el du dĂ©partement au point de vue laitier celui dâune rĂ©gion fermiĂšre Ă qui nâĂ©chappe mĂȘme pas lâarrondissement le plus agricole et le moins peuplĂ©, celui dâAvesnes. Il est dĂ» au fait de la coexistence lâun prĂšs de lâautre dâune production agricole et dâune population abondantes, dont les goĂ»ts, façonnĂ©s par lâhabitude, sâadaptent sans effort aux particularitĂ©s des produits ce terroir quâils ne dĂ©sirent pas voir changer, fĂ»t-ce pour sâamĂ©liorer » Souchon, 1941. 40Cet attachement gĂ©nĂšre aussi des formes de vente qui perdurent et vont se maintenir trĂšs tard dans la rĂ©gion du Nord la vente directe, ainsi que le rĂŽle des malaxeurs-vendeurs... Le gĂ©ographe Pierre Deffontaines, qui a enseignĂ© Ă la chaire de lâuniversitĂ© catholique de Lille et qui porte un intĂ©rĂȘt particulier aux petits mĂ©tiers, sâest lui aussi intĂ©ressĂ© au commerce du beurre dans un article quâil a consacrĂ© aux colporteurs dâune petite rĂ©gion au Sud de Lille Deffontaines, 1937. 41Revenons Ă Albert Demangeon et Ă son tour de France agricole ». Il Ă©voque lâimportance de la production de beurre en Bretagne et souligne la particularitĂ© de cette production rĂ©gionale et ses liens avec les habitudes de consommation locales. Il explique ainsi que pour conserver le beurre on a pris lâhabitude de le saler, de sorte que lâon ne consomme guĂšre dans le pays que du beurre salĂ© » Demangeon, 1946, p. 226. Ă cette production bretonne, il oppose la qualitĂ© des beurres normands pour lesquels il Ă©voque mĂȘme la notion de crus renommĂ©s » assimilant le beurre au cidre auquel il a consacrĂ© un long dĂ©veloppement Ibid., p. 226. Il nâoublie pas dâĂ©voquer la qualitĂ© des beurres des Charentes Avec la crĂšme on fabrique un beurre fin et dĂ©licat, de bonne conservation, renommĂ© sur le marchĂ© de Paris » Ibid., p. 291. Il reconnaĂźt donc les spĂ©cificitĂ©s rĂ©gionales en matiĂšre de beurre, ce qui participe de la diversitĂ© de la France. DiversitĂ© des beurres, diversitĂ© de la France 42Le thĂšme cher aux gĂ©ographes de la diversitĂ© de la France se retrouve aussi dans les milieux professionnels agricoles pour justifier la diversitĂ© des beurres français ; une diversitĂ© quâil convient de valoriser dans le contexte Ă©conomique et international difficile qui est celui des annĂ©es trente. Il convient surtout dâafficher sa diffĂ©rence face Ă la concurrence danoise qui ne cesse de se dĂ©velopper. Les Danois vendent sous une mĂȘme marque un beurre pasteurisĂ© aux qualitĂ©s standards. La qualitĂ© du beurre danois repose donc sur un goĂ»t unique et constant, certifiĂ© par une origine danoise. Cela lui permet, dans lâentre-deux-guerres, dâĂȘtre payĂ© plus cher que le beurre des autres pays. DĂšs lors, affirmer la supĂ©rioritĂ© de la France en matiĂšre de goĂ»t du beurre passe par la mise en avant de sa diversitĂ© gĂ©ographique et culturelle. Aussi peut-on lire, dans un article des Annales de la crĂ©merie de 1937, Ă propos de la standardisation rĂ©clamĂ©e par certains » Y-a-t-il une hĂ©rĂ©sie plus grande que de demander, dans un pays comme la France, pays de diversitĂ©s Ă tous les points de vue, le goĂ»t unique pour un produit de la terre ». 7 Annales de la crĂ©merie, 1937. 43Cet article reprend ainsi les thĂšmes chers Ă cette Ă©poque de la diversitĂ© de la France comme source de richesse et de grandeur Non seulement chaque province a son terroir, ses qualitĂ©s et ses dĂ©fauts, mais encore ses productions particuliĂšres »7. On retrouve les termes de province, de terroir qui sont Ă©galement mis en avant par les gastronomes rĂ©gionalistes, comme Curnonsky ou Maurice des Ombiaux, pour affirmer la supĂ©rioritĂ© gastronomique française. 44Lâauteur de lâarticle des Annales de la crĂ©merie ajoute que ce que lâon dĂ©nomme aujourdâhui liens aux lieux » portent en ce qui concerne le beurre », sur la race laitiĂšre et le sol ». Ainsi, Paul Mercier, dans un article consacrĂ© Ă la production beurriĂšre, dans un ouvrage intitulĂ© La France laitiĂšre Ă©ditĂ© Ă lâoccasion dâun congrĂšs international de laiterie en 1934, affirme-t-il non seulement que le climat de la France est favorable Ă la production beurriĂšre, mais aussi que la France se caractĂ©rise par une grande diversitĂ© gĂ©ologique qui permet lâĂ©levage de diffĂ©rentes races laitiĂšres. Ces derniĂšres sont elles-mĂȘmes bien acclimatĂ©es sur les sols de leur rĂ©gion dâhabitat ». Les vaches se nourrissent de vĂ©gĂ©taux qui poussant sur des terrains aussi divers nâont pas une composition identique », aussi il est facile de penser que leur action a une influence sur lâĂ©quilibre, lâarĂŽme et la composition de la matiĂšre grasse des laits, puis des crĂšmes et enfin des beurres ». Lâauteur ajoute ensuite Câest cette situation qui fait dire, avec raison, que la France possĂšde des crus de lait comme elle possĂšde des crus de vins et quâun lait de Normandie, par exemple est aussi dissemblable, pour un amateur, dâun lait des Alpes quâun vin de Bourgogne est dâun vin bordelais ; pour les uns comme pour les autres, la qualitĂ© peut en ĂȘtre parfaite, mais les arĂŽmes sont diffĂ©rents ». 45Reste Ă justifier le passage de ces crus de lait dans les beurres LâarĂŽme des laits Ă©tant particuliĂšrement absorbĂ© par les matiĂšres grasses quâils renferment, la France possĂšde des crus de beurre ». 46Les microbiologistes sâen mĂȘlent ; ils dĂ©noncent les pratiques des industriels qui achĂštent leurs ferments aux laboratoires Ă©trangers plus en avance que les Français sur ce point Ne les a-t-on pas vus, toutes ces derniĂšres annĂ©es, sâen aller chercher au Danemark et en Hollande les ferments lactiques destinĂ©s Ă lâensemencement de leurs crĂšmes, mĂȘme lorsque les crĂšmes Ă©taient charentaises ou normandes ? » Guittonneau, 1939. 47Cela leur apparaĂźt comme un contresens national. Aussi cet important microbiologiste laitier quâest Guittonneau, encourage-t-il les savants français Ă travailler sur les ferments des crus de beurre français. Ces positions sont Ă considĂ©rer comme une forme de rĂ©action Ă lâinĂ©luctable normalisation du beurre qui commence Ă poindre dans les annĂ©es trente. Celle-ci sera effective Ă partir des annĂ©es cinquante-soixante. Le beurre devient mĂȘme un produit de stockage des excĂ©dents laitiers gĂ©nĂ©rĂ©s par la politique agricole commune Ă partir du milieu des annĂ©es soixante. 48Que conclure de ce regard rĂ©trospectif portĂ© sur le goĂ»t des beurres français et leurs liens Ă lâorigine ? En premier lieu, il nous apparaĂźt que la reprĂ©sentation quâon se fait de la France imprime profondĂ©ment la façon dâapprĂ©hender les produits agroalimentaires et leurs liens aux lieux dans les milieux professionnels. Câest donc une question que les gĂ©ographes qui travaillent sur les produits de terroir ne peuvent Ă©luder. Il reste, par contraste, que si lâon considĂšre la production actuelle de beurre en France, la thĂ©matique des crus a presque totalement disparu alors que lâon ne cesse de valoriser la diversitĂ© des produits de terroir locaux et rĂ©gionaux. Sans doute les politiques agricoles des annĂ©es soixante sont-elles en cause, ainsi que la place du beurre dans notre consommation alimentaire.
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